Edito

Ouverture de congrès jeudi 15 septembre 2022 10.30

 

Cher(e)s collègues, chères consœurs, chers confrères,

 

Une fois de plus, ces journées, où nous avons l’honneur et le plaisir de nous retrouver sous le feu de l’actualité, lient thématiques scientifiques et professionnelles : parmi lesquelles, antiinfectieux (résistance), développement durable, et ce n’est pas un énième processus démagogique à la mode, numérique en santé heure de son insécurité, les carrières et leur gestion en 2022.

 

Je commencerai mon propos par un verset très corporatiste devant les tentations de nos autorités de soigner une jambe de bois avec un pansement. Je veux parler ici des coups de boutoir contre le DES de pharmacie hospitalière.

Je profite de la présence en nos murs du président de la section H de l’Ordre des pharmaciens pour alerter sur des éléments qui pourraient être interpréter comme paradoxal. En effet, l'Ordre des pharmaciens a justement alerté sur la multiplication des signalements d'actes relevant de la compétence exclusive des pharmaciens mais réalisés, en PUI, par des préparateurs en pharmacie. Il avertit ainsi des risques d'exercice illégal de la pharmacie. En effet, une PUI ne peut fonctionner "qu'en présence du pharmacien chargé de la gérance ou d'un autre pharmacien, remplissant les conditions d'exercice en PUI". Oui Il y a un manque de pharmaciens dans les pharmacies hospitalières". Je cite « Il faut œuvrer pour que les pharmaciens ne travaillent plus dans des conditions isolées … L'autre solution serait d'attirer les jeunes vers la pharmacie hospitalière... Il n'y a pas assez de pharmaciens formés pour remplir tous les postes, que ce soit à l'hôpital". Nous souscrivons totalement à cela.

L’augmentation du nombre d’internes en pharmacie est une piste qui a commencé à être prise avec le soutien de l’Ordre, et il faut continuer. Nous demandons le plus rapidement possible, dès cette année, une augmentation d’une cinquantaine de postes d’internes en DES de pharmacie hospitalière. La désaffection pour les études de pharmacie exacerbée et induite par le nouveau système d’entrée dans les études de santé est bien sûr à considérer. Mais nous ressentons  un double discours sur le DES de pharmacie hospitalière, obligation d’un côté, mais sous couvert des problèmes démographiques, souhait de « libéraliser » l’accès à l’hôpital. Il n’est pas besoin de confirmer l’exigence de diplôme de DES, comme il est indiqué dans les médias, puisque c'est un décret qui l'impose (sauf si un nouveau texte annule ce décret de 2017). 

La section H propose « d’examiner les possibilités pour les autres métiers de la pharmacie d’acquérir une équivalence de DES par reconversion professionnelles avec des passerelles.». Concernant ainsi cette possibilité de reconversion professionnelle avec des passerelles pour une équivalence du DES, certes elle existe  exceptionnellement en médecine dans quelques spécialités, nous incitons à l’ultra  vigilance quant à la création de passerelles,  la tentation à la facilité par dévalorisation du DES pouvant être forte, et de fait à risques pour la profession et la santé publique.

 

Autre conséquence de cette pénurie en pharmaciens, la situation extrêmement tendue existant à l’hôpital public qui induit un recours à l’intérim médical, associé par nature au risque de non adéquation des postes et des compétences dans les disciplines médicales, touche désormais la pharmacie hospitalière. Les pouvoirs publics doivent reconnaitre cette situation qui met en péril toutes les étapes du processus de la prise en charge thérapeutique avec ses conséquences en matière d’iatrogénie et de risques pour la qualité et la sécurité des soins. L’obligation d’un diplôme spécifique le Diplôme d’Etudes Spécialisées de pharmacie hospitalière, qui doit rester incontournable pour exercer en établissement de santé, conduit certains jeunes diplômés après 4 années d’internat, à recourir d’emblée à l’intérim. De nombreux postes sont non pourvus aussi bien dans le secteur public que privé, amenant une  surenchère mettant en péril la stabilité et la sécurité des PUI et de leurs recrutements et in fine des établissements de santé.

Comme le ministre de la santé l’a dit devant le parlement : « L’intérim, c’est comme de la morphine ! Lorsque l’on en prend, ça va mieux, mais ça ne règle pas la pathologie, et ensuite on devient complétèrent dépendant… … c’est un traitement symptomatique ». En clin d’œil humoristique, en tant que gardiens des poisons, les pharmaciens hospitaliers gèrent les effets secondaires.

Le SNPHPU demande aux autorités d’augmenter le nombre de postes de pharmaciens dans les établissements de santé afin notamment d’arrêter les exercices isolés générateurs de situations humaines difficiles, de faciliter les coopérations et les  recrutements partagés entre les structures sanitaires, médico-sociales et privées, par l’octroi au même titre que dans les établissements publics : de primes territoriales, de primes de solidarité voire dans certains territoires en difficulté des majorations de ces primes comme les textes le prévoient (à l’identique des services d’urgences ou de médecine), même si on peut considérer que la prime à la prime n’est pas « la solution en prime ». Nous ne recrutons plus d’assistants spécialistes : à la vue de la modernisation des statuts de praticiens contractuels et titulaires, l’extinction de celui d’assistant spécialiste s’annonce. Recrutons les jeunes pharmaciens en début de carrière directement sur des postes de praticiens contractuels en attente de titularisation.

Nous appelons également les établissements à inscrire les postes en difficultés de recrutement sur la liste des bénéficiaires potentiels de la prime d’installation validée par les ARS et les commissions régionales paritaires à l’instar de ce qui est effectif pour les autres disciplines médicales actuellement en tension.

 

Puisqu’on aborde ici les cursus des études pharmaceutiques, rappelons le décret récent du 04 août qui instaure une relevé mensuel des obligations de service réalisés par les internes, étend le statut de docteur junior aux étudiants de troisième cycle réalisant un DES de pharmacie hospitalière. Au-delà de l’évitement de l’écueil des usines à gaz que nous avons l’habitude de générer et subir, attention au risque de spirale, manque d’internes, manque de séniors, docteurs juniors. Nous sommes particulièrement attentifs à la mise en œuvre des modalités pratiques de ce texte et l’équilibre à respecter entre formation, perfectionnement et profesionalisation.

 

 

Les carrières Hospitalo-universitaires n’attirent plus. On assiste également à une crise de confiance sans précédent des HU vis-à-vis des pouvoirs publics. Je reprends les propos que la CMH et le SNAM-HP, réunies sous la bannière d’Alliance-Hôpital, avec le constat que, pour les hospitalo-universitaires (HU), les conditions de travail n’ont jamais été́ aussi délétères, et la considération par les tutelles jamais aussi dégradée. Le dialogue social pompeusement intitulé «Attractivité́ des carrières hospitalo-universitaires » est inexistant. Comme les praticiens hospitaliers, les HU souffrent des effets directs de la crise hospitalière, devenue systémique. Elle déstabilise les hospitaliers et retentit sur leur engagement et leurs missions :

- crise économique sévère et durable, mettant en danger les moyens nécessaires aux soins compromettant et l’accessibilité́ aux soins ;

- crise démographique qui majore les effets de la baisse d’attractivité́ de la carrière hospitalière ;
- crise institutionnelle, en grande partie induite par les effets pervers de la loi HPST qui a écarté́ le corps médical du processus décisionnel. A cela s’ajoutent pour les HU une succession d’injustices, par exemple sur les retraites dont les modalités représentent un épouvantail pour l’attractivité mettant en péril la fonction même des CHU.

La gestion sanitaire de la crise liée à la pandémie Covid19 a mis en lumière la problématique chaque jour croissante des pénuries et des ruptures de stock des médicaments et dispositifs médicaux. La loi de financement de la sécurité sociale 2022 a acté l’autorisation pour les pharmacies à usage intérieur (PUI) de produire des préparations spéciales en cas de rupture d’approvisionnement ou de crise sanitaire (article 61). Si l’on peut se féliciter de la reconnaissance de notre profession et de son rôle qu’induit cet article, on peut s’interroger sur la faisabilité. Est-ce vraiment notre métier que de préparer des médicaments pour pallier aux carences de l’industrie pharmaceutique ? Même si les PUI ont joué un rôle primordial pendant cette crise, et heureusement qu’elles étaient là dans la gestion de la crise (et elles continuent, toujours sans réels moyens supplémentaire) ? A côté d’un débat plus large sur l’importance stratégique de la relocalisation de l’outil industriel au moins en Europe, ne pourrait-on pas  s’orienter vers un organisme national ou et Européen type EPRUS plutôt que d’en rajouter une couche sur le dos des PUI dont nous venons de voir qu’elles manquaient déjà de pharmaciens. Les pharmaciens hospitaliers pourraient y apporter leur contribution et expertise à cette proposition. Notons que les tensions et ruptures d’approvisionnement, les arrêts de commercialisation pour les dispositifs médicaux sont également de plus en plus fréquentes, tout au moins augmentent, et que les pharmaciens sont amenés à consacrer du temps et des moyens de plus en plus importants dans la recherche d’alternatives et de solutions. Il faut, comme le préconise l’observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, « faire en sorte que les politiques du médicament soient désormais conduites par des agents publics expérimentés, formés aux questions de santé et de production pharmaceutique en lien avec la société civile experte ? ». Nous sommes preneurs et force de propositions.

 

Mais, il n’y a pas que le médicament ! Nous rappelons que l’ordonnance adaptant le CSP au règlement Européen sur les dispositifs médicaux est parue le 21 avril. En dehors de l’embouteillage administratif lié au renforcement notamment des prérequis nécessaires à l’obtention du marquage CE médical, l’article 9 élargit aux investigations cliniques les missions des PUI en matière de recherche impliquant la personne humaine, constitue une reconnaissance du rôle de la PUI et des pharmaciens dans le circuit au sens large des dispositifs médicaux (stériles). Un petit clin d’œil moqueur : l’article L.5126-5 revu mentionne le mot « accessoire » après les mots dispositifs médicaux stériles. Quand est-il de la définition de ce terme ? Un nouveau produit dans le monopole pharmaceutique (LOL) ?

 

Un arrêté, avec en annexe un modèle de protocole local, autorisera les pharmaciens de PUI, je dis bien de PUI, au renouvellement et adaptation des prescriptions, en déclinaison du nouvel article L.5126-1 du code de la santé publique. Le SNPHPU soutient la démarche, en sachant qu’il ne s’agit de pallier la pénurie en médecins, mais de se situer dans la continuité de notre rôle assuré et assumé de gardien des poisons et des consensus thérapeutiques. Nous avons fermement et clairement œuvré pour que cet « extension d’exercice » soit assurée dans le cadre de la PUI et non pas par des pharmaciens qui seraient « offshore ». C’est l’occasion de répéter que la PUI est une et indivisible et de faire respecter ce principe fondamental.

 

Nous avons attiré l’attention sur les limites de la réforme de l’ATU, c'est-à-dire de la création des statuts des médicaments à accès précoce et compassionnel amenant au risque bien connu du mieux pouvant être l’ennemi du bien, l’accès précoce pouvant notamment ne pas l’être (précoce). Nous avons le chic de l’usine à gaz, exemple en est la myriade de plates formes qui peut être avec notre action pourrait  bientôt bénéficier d’un un accès unique. Un arrêté est en cours de rédaction avec une application en septembre. Nous y sommes, sans commentaire... Les conventions se signent et on ne peut quand même que se féliciter que des royalties financières soient identifiées à l’intention de la pharmacie à usage intérieur et leurs parviennent concrètement. Le SNPHPU était là pour obtenir cette avancée.

 

Autre sujet : la certification des professionnels de santé. Nous nous engageons dans la certification des professionnels de santé, qui permet de parler concrètement du parcours DPC, remettant le professionnel au centre de la démarche. Merci aux collèges professionnels et à celui de pharmacie qui œuvre pragmatiquement en ce sens. En effet, les professionnels reprennent la main, ne laissant pas l’ANDPC seule aux manettes, déconnectée de la vraie vie. Une fois de plus il s’agit de s’extraire pragmatiquement de la technocratie qui immobilise nos systèmes et les rend peu performants et contre productifs. Il faut à ce niveau rendre hommage au collège national de pharmacie : les professionnels parlent aux professionnels. Ne loupez pas le coche, emparez vous de ce parcours.

 

Dans le même ordre d’idée parlons du CNG : si par le passé ça n’a pas été le cas, actuellement le CNG enfonce les collègues et donne raison aux directeurs d’établissements en dépit du non-respect des procédures par ces derniers. Un cas qui nous occupe particulièrement remet en cause l’indépendance professionnelle du pharmacien gérant l’assujettissant à sa hiérarchie administrative par non-respect des procédures de recrutement, notamment par l’absence d’avis médical (pas de CME dans l’établissement considéré), conduisant à une demande licenciement validée par le CNG. D’ailleurs on peut de ce fait se demander à quoi sert pour les praticiens hospitaliers une commission nationale statutaire dont l’avis unanime sur ce dossier a été ignoré comme jamais cela ne s’est produit. Nous proposons que le CNG soit co géré par un directeur et un praticien hospitalier puisque l’organisme s’occupe des carrières des deux corps.

 

Thématique importance de ces journées, le numérique en santé oblige à dire : recherche la PUI et pharmaciens désespérément. Interface indispensable du système hospitalier et de soins, la PUI ci est laissée pour compte. Nous demandons une présence pharmaceutique dans la gouvernance du numérique en santé qui est en cours de refonte. Sécurité interopérabilité en sont les maîtres mots. Où sont les professionnels encore une fois ?

 

Je passe sous silence l’obligation de sérialisation qui semble tombée dans les oubliettes « covidesques » par faute de moyens. On souhaiterait presque que l’Europe mette à exécution ses menaces d’amendes financières.

 

Le Ségur pour les praticiens n’a pas fait que des heureux, il a écrasé une partie de nos carrières (près de 4 à 6 ans d’ancienneté). Le Syndicat avec d’autres sont toujours dans l’attente d’une rectification. En espérant, une prise de conscience de notre nouveau ministre et néanmoins collègue praticien, très au fait de cette injustice. Je vous conseille d’assister à la cession de demain m     tin sur la gestion des carrières.

 

Un peu de baume au cœur néanmoins, après la revalorisation du point d’indice, cet été les personnels médicaux hospitaliers publics ont vus une revalorisation des rémunérations et émoluments (remercier le SNAMP HP et CMH). L’attractivité en sera-t-elle améliorée ?

 

Les feuilles de route présentées par le gouvernement dans le domaine la santé souhaitent « prendre soins des Français » en passant par 11 grands chantiers dont « adapter et renforcer notre modèle hospitalier » ; « refonder notre système hospitalier dans une logique territoriale, en remettant l’éthique et le sens au cœur du projet de l’hôpital et en définissant une nouvelle attractivité pour les métiers de la santé ». Prenez soins de nous. Gageons que la Pharmacie à Usage Intérieur et ses pharmaciens seront partie intégrante de cette noble tâche. 

 

Ces journées, au travers les thématiques particulièrement d’actualité, comme le numérique en santé, le développement durable, le numérique en santé, l’évolution des carrières sont l’occasion de rappeler ainsi nos préoccupations, nos espoirs et la prospective associée.

 

Je vous remercie de votre attention et vous souhaitent d’excellente 17èmes rencontres Convergences Santé Hôpital.

 

P.MEUNIER - Président SNPHPU

 

 

Agenda

Article rédigé le
09/10/2019
Les prochaines Rencontres CSH se dérouleront du 13 au 16 septembre 2022 au Palais Neptune de Toulon.                         ...
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